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Israël-ArabieSaoudite : les fondements d’un réchauffement silencieux desrelations diplomatiques

Le31 octobre 2016, une députée de la Knesset (appartenant au partiMeretz) a communiqué les noms de 122 militaires israéliens etaméricains travaillant sur une base aérienne d’Arabie Saoudite,en vue d’une collaboration contre l’Iran. La conventiontripartite porte, en fait, sur la mise en place d’un systèmeantiaérien couplé avec le système antimissile israélien « Dômede Fer », dont les contours ont été fixés lors de la visite, àRiyad, du Président américain Barak Obama (en avril 2016).Washington entend ainsi consolider son influence au Moyen Orient, endotant ses partenaires d’un système militaro industriel, destinéà prévenir les potentielles attaques de missiles iraniens. Laquestion se pose alors de comprendre les raisons de ce partenariataméricain et israélien avec la dictature wahhabite, esclavagiste etadepte de la peine de mort.

Lesrapprochements entre les autorités israéliennes et saoudiennes, nesont pas nouveaux. Loin de susciter un sentiment de répulsion,Israël présente un intérêt (loin d’être négligeable) pourl’Arabie saoudite, eu égard à la convergence des intérêts quiles lie. En octobre 2015, le Prince Walid Ben Talal déclarait auquotidien koweitien Al Abas : « Je me rangerai du côté de lanation juive et de ses aspirations démocratiques dans le cas dudéclenchement d’une Intifada palestinienne, et j’userai de toutemon influence pour briser les initiatives arabes sinistres visant àcondamner Tel-Aviv, parce que je considère l’entente israélo-arabeet une future amitié comme nécessaire pour empêcher l’extensiondangereuse de l’Iran ». Il s’est donc déclaré favorable à unrenforcement des relations avec Israël afin de « former un frontuni pour contrecarrer le programme ambitieux de Téhéran ».

Depuislongtemps, Israël et l’Arabie Saoudite sont intéressés par lerenversement du régime syrien d’obédience alaouite (branche duchiisme), véritable courroie de transmission pour le transfert desmissiles iraniens en direction du Hezbollah (milice chiitelibanaise). Aussi, et en finançant l’opposition syrienne audictateur Bachar Al Assad, l’Arabie saoudite a servi les intérêtsisraéliens en provoquant le chaos au sein du gouvernement syrien quine pouvait plus dans le même temps, sauver sa peau, soutenir lamilice chiite au Liban et revendiquer le plateau du Golan (occupépar Israël à la suite de la guerre des 6 jours de juin 1967 etannexé par Israël en 1981).

S’agissantdes relations entre les Etats-Unis et l’Arabie Saoudite, ledifférend consécutif aux attaques perpétrés le 11 septembre 2001s’est progressivement résorbé. Le pétrole saoudien a justifiél’entretien de bonnes relations et la nécessité de protéger ladictature wahhabite imposée à la population saoudienne (pourmaintenir une certaine stabilité dans le pays). En réalité, lamanne financière des pétro dollar fonde la bienveillance américaineà l’égard de la dictature saoudienne depuis la fin de la secondeguerre mondiale. En 1945, le danger pour les Etats Unis résultaitd’un risque d’expansion de la doctrine communiste. Aussi, lepartenariat entre les Etats-Unis et l’Arabie saoudite est apparucomme un rempart contre l’influence soviétique, pour les EtatUnis, et un gage contre l’expansion de la branche chiite del’Islam, pour l’Arabie saoudite.
Eneffet, pour les musulmans, la question se pose de savoir si lecommandeur des croyants (et du monde à terme) doit appartenir à lacommunauté des musulmans (pour les sunnites) ou à la famille deMahomet, comme le soutiennent les chiites. C’est l’enjeu de laguerre de religion que se mènent les deux courants de l’Islam, etque l’Arabie saoudite entend gagner.

LesEtats-Unis (peut être naïvement) parient depuis toujours, sur ladisparition du projet islamiste (sensé embrasser le monde). Aussi,n’ont-ils jamais craint de laisser le wahhabisme se développer, cequi leur a permis de conserver leur main mise sur les quantités depétrole détenues par la monarchie saoudienne. C’est dans cecontexte, que les Etats-Unis ont entrepris de renverser le pouvoiralaouite syrien en soutenant l’opposition sunnite du pays, dont lapopulation sunnite représente 80 % des individus (c’est-à-dire,et curieusement, la même proportion qui existe entre les catholiqueset les protestants, lors des guerres de religions au XVIème siècle).Ils ont, hélas, permis au groupuscule Daesch de gagner enpuissance.

Enoutre, la soutien américain à la dictature saoudienne a permis defreiner « le nationalisme arabe ». Autrement dit, la protectionaméricaine du wahhabisme (et de la dictature religieuse qui enrésulte), a permis de freiner l’expansion du nationalisme arabequi s’est développé avec l’égyptien Nasser, ou encore àl’époque de l’Algérie de Boumédienne, de la Lybie sousKhadafi, de l’Irak sous le gouvernement bassiste, voire sousl’impulsion iranienne ou avec la Syrie sous la dynastie « Al Assad».

Enfin,le partenariat américain avec l’Arabie saoudite a permis decontrer la révolution iranienne

LesEtats-Unis, d’obédience protestante, sont persuadés que le Projetenvisagé dans ce que le monde chrétien appelle « l’AncienTestament », constitue la Vérité universelle et qu’ainsi, lamenace islamiste restera limitée, confiant dans les solutionsenvisagées dans le Tanakh. Cette conviction n’en reste pas moinsrisquée. L’histoire se répète et les massacres entre chiites etsunnites risquent de faire de gros dégâts, d’autant que cesbranches de l’Islam doivent également se défaire des « gens dulivre » c’est-à-dire des chrétiens et des juifs qu’il faudraconvertir.
Or,les Etats-Unis ont peut être sous estimé la puissance wahhabitepuisque le protégé saoudien se retourne contre sa mère nourricièrequ’il considère comme un vulgaire bailleur de fonds impérialisteoccidental. Résultat, les prédicateurs islamistes se multiplientdans le monde en vue de changer le modèle capitaliste del’occident.

L’Europeen fait cruellement les frais. Les pays qui influencent la politiqueinternationale, en l’occurrence la France et l’Allemagne sontfragilisés par leur population immigrée dont une partiesubstantielle aspire à une transformation de la société pour enfaire une société islamique, sunnite arabe en France et sunniteturque en l’Allemagne (ce qu’il est possible d’anticiperpuisque ces pays laissent la masse populaire décider de la Loi, nonplus la doctrine manichéenne judéo chrétienne).

C’estd’ailleurs le sens des bouleversements sociaux contemporains enFrance. Le rejet de l’autorité policière (avec des tentativesd’assassinat de policiers ou la multiplication des guet-apens danslesquels ils tombent), les mises en chantiers ininterrompues deconstructions de mosquées (face aux églises qui se ferment et à laperte de vocation de jeunes religieux), le phénomène du burkini(pour imposer l’Islam en France, alors même que dans les paysmusulmans les femmes n’en portent pas), la prise en compte du votede la population musulmane (au détriment des valeurs historiquesjudéo chrétiennes), sont autant de phénomènes annonciateurs d’unbouleversement de la société occidentale traditionnelle. Il estdonc curieux de voir les campagnes aux élections présidentielles,en Europe ou aux Etats-Unis, se focaliser sur les travers descandidats et sur la différence des programmes alors que l’enjeudes élections devrait porter sur le type de civilisation qui seralaissée aux générations à venir. Israël n’est, pour l’heure,pas concerné par ce problème.

ParMaître Bertrand Ramas- Muhlbach